Vous recevez une fiche technique portant la mention « sans BPA ni phtalates ». Le corps du flacon semble convenir, le prix est validé et l’échantillon passe correctement sur votre ligne. Pouvez-vous alors considérer le conditionnement comme sûr pour une mayonnaise, une vinaigrette ou une sauce tomate ? Pas encore.
L’allégation répond à deux familles de substances connues du public, mais elle ne décrit ni le flacon complet, ni ses conditions d’emploi, ni toutes les substances susceptibles d’être évaluées. Elle peut reposer sur une formulation sans ajout intentionnel, sur une déclaration fournisseur ou sur une analyse ciblée. Ces trois preuves n’ont pas la même portée.
Pour qualifier un flacon de sauce sans BPA ni phtalates, demandez simultanément un périmètre précis, une déclaration de conformité applicable, des justificatifs reliés aux composants et une traçabilité capable de suivre les changements. La mention commerciale devient alors un élément du dossier ; elle ne remplace pas l’évaluation du contact alimentaire.
« Sans BPA ni phtalates » : commencer par définir la promesse
La première question n’est pas « avez-vous un certificat ? », mais « que signifie exactement votre déclaration ? ». Une réponse exploitable précise au minimum :
- les substances visées, avec leur nom ou leur groupe clairement défini ;
- la différence entre absence d’ajout intentionnel et résultat analytique inférieur à une limite de détection ;
- les composants couverts : corps, bouchon, joint, valve, opercule, étiquette, encres ou adhésifs ;
- les références, couleurs, grades de matière et sites de fabrication concernés ;
- la date, la version et les événements qui imposent une nouvelle évaluation.
« Sans phtalates » mérite une attention particulière, car le pluriel recouvre plusieurs substances. Une analyse portant sur une liste ciblée ne démontre pas l’absence de toute substance pouvant être appelée phtalate. Le rapport doit donc indiquer ce qui a été recherché, la méthode, la limite de quantification ou de détection et l’échantillon analysé.
De même, « sans BPA » ne signifie pas « aucune migration » ni « conformité universelle ». Le règlement (UE) 2024/3190 encadre l’usage du BPA, d’autres bisphénols et de certains dérivés dans plusieurs familles de matériaux au contact des aliments, dont les plastiques, adhésifs, caoutchoucs, encres, silicones, vernis et revêtements. Les interdictions, dérogations et dispositions transitoires doivent être lues dans la version applicable au produit et à sa date de mise sur le marché.
Cette évolution réglementaire rend la déclaration « sans BPA » moins utile lorsqu’elle est isolée de son contexte. La vraie valeur réside dans la capacité du fournisseur à montrer quelle formulation et quels composants ont été examinés, pour quel usage et selon quelle version réglementaire.
Vérifier l’ensemble, pas seulement la résine du corps

Une bouteille n’est pas un matériau unique. Une sauce stockée debout peut toucher principalement le corps, puis atteindre le bouchon pendant le transport, le service ou le retournement. Dans un flacon tête en bas, le contact avec la fermeture peut être permanent. Une étiquette reste normalement hors contact direct, mais ses encres, colles ou phénomènes de maculage doivent être intégrés à l’analyse de la construction réelle.
| Élément du conditionnement | Informations à obtenir | Erreur à éviter |
|---|---|---|
| Corps du flacon | Polymère, grade, fournisseur approuvé, couleur, couches éventuelles, masse et procédé | Déduire l’absence de BPA ou de phtalates du seul code de recyclage |
| Bouchon et embout | Matière, colorant, plan de col, joint éventuel et conditions de contact | Utiliser le rapport du corps pour couvrir automatiquement la fermeture |
| Valve ou insert | Référence, matériau, dureté, formulation déclarée et montage | Se contenter de la mention générique « silicone alimentaire » |
| Opercule ou membrane | Structure multicouche, couche en contact, adhésif ou vernis | Oublier le composant parce qu’il est retiré à la première ouverture |
| Étiquette, encres et colles | Position, mode d’impression, risque de maculage ou de transfert | Considérer tout décor extérieur comme chimiquement sans incidence |
| Colorants et auxiliaires | Référence, dosage, restrictions et contrôle des substitutions | Confondre résine vierge et formulation sans aucun additif |
Une résine PE, PP ou PET aide à orienter l’analyse, mais elle ne qualifie pas l’objet fini. Le numéro moulé dans le triangle de recyclage identifie une famille de matériau ; il ne révèle ni le grade, ni les additifs, ni la fermeture, ni les conditions de fabrication. La catégorie 7 est en outre hétérogène. Elle ne peut pas être transformée en verdict automatique, pas plus que les catégories 2 ou 5 ne constituent une garantie de conformité.
Pour des flacons souples pour sauces épaisses, le grade et la construction doivent également produire la compressibilité attendue. Pour des bouteilles transparentes pour vinaigrette, la transparence ne dit rien de la représentativité d’un essai pour une phase huileuse et acide. La sélection fonctionnelle et le dossier chimique doivent avancer ensemble.
Demander une DoC, puis vérifier ce qu’elle couvre réellement
Pour les matières et objets en plastique relevant du règlement (UE) 10/2011, la déclaration de conformité, ou DoC, accompagne la chaîne de commercialisation aux stades prévus par le texte. Elle identifie les opérateurs et le produit, transmet les informations utiles sur les restrictions et précise les conditions d’utilisation couvertes. Elle ne se réduit pas à un logo de laboratoire ou à la phrase « food grade ».
Une DoC convaincante doit pouvoir être rapprochée de la référence commandée. Si le document décrit un « flacon plastique transparent » sans code article, sans matière, sans teinte et sans fermeture, l’acheteur ne peut pas établir que le produit livré est bien celui qui a été évalué. Il faut rechercher le lien entre la déclaration, les informations amont, les essais ou calculs, la nomenclature et les lots de fabrication.
Le règlement (UE) 10/2011 dans sa version consolidée fixe notamment les exigences applicables aux plastiques, aux restrictions de substances, à la migration et à la documentation. Une DoC n’a pas pour fonction d’énumérer publiquement une formulation confidentielle complète, mais elle doit transmettre les informations nécessaires à l’utilisateur aval pour respecter les restrictions et employer correctement l’emballage.
DoC, déclaration fournisseur et rapport d’essai ne sont pas interchangeables
La déclaration « sans ajout intentionnel de BPA » décrit une décision de formulation. Un rapport d’analyse indique un résultat pour un échantillon, une méthode et une limite déterminés. La DoC relie un article identifié aux exigences et conditions d’emploi déclarées. Un dossier robuste peut réunir ces éléments, sans prétendre que l’un remplace tous les autres.
| Document | Ce qu’il apporte | Ce qu’il ne prouve pas seul |
|---|---|---|
| Déclaration de formulation | Substances non ajoutées intentionnellement et périmètre fournisseur | Absence analytique absolue ou aptitude à toute sauce |
| Rapport ciblé BPA ou phtalates | Résultat, méthode, échantillon, date et limite de détection | Conformité de toutes les variantes et de tous les composants |
| Rapport de migration | Transfert mesuré dans des conditions précisées | Respect de chaque restriction non incluse dans le programme |
| DoC | Conformité déclarée, article concerné et informations d’emploi | Performance mécanique, étanchéité ou durée de conservation de la sauce |
| Nomenclature et dossier de lot | Correspondance entre matières, pièces et production livrée | Pertinence réglementaire du programme d’essais |
Lire un résultat « non détecté » sans l’étendre à toute la gamme
Nous avons fait analyser un échantillon décrit comme un plastique transparent incolore. Le rapport SGS daté du 6 décembre 2024 indique un résultat non détecté pour le BPA, avec une limite de détection de 0,1 mg/kg, selon la méthode HPLC-MS ou LC-MS/MS et le cadre de référence California Proposition 65 précisé dans le rapport.
Ce résultat est favorable pour cet échantillon et cette méthode. Il ne démontre pas à lui seul que chaque flacon du catalogue, chaque coloris, chaque bouchon et chaque décor présente le même résultat. Il ne couvre pas les phtalates, ne remplace pas une DoC européenne et ne qualifie pas automatiquement un contact prolongé avec une mayonnaise ou une vinaigrette. La bonne pratique consiste précisément à conserver le résultat avec ses limites, au lieu de le transformer en promesse générale.
Lors d’une revue fournisseur, posez quatre questions simples :
- Le code de l’échantillon du rapport correspond-il à la référence proposée ?
- La matière, la couleur, le site et le procédé sont-ils identiques à ceux de la production ?
- La liste des substances recherchées répond-elle au risque identifié pour cette construction ?
- Quel changement déclenche une nouvelle analyse ou une justification d’équivalence ?
Cette lecture protège aussi le fournisseur. Elle évite qu’un résultat précis soit utilisé hors de son domaine, puis contesté lorsque la configuration commerciale change.
Sauces acides et grasses : décrire l’usage avant de choisir l’essai
Le mot « sauce » ne suffit pas à déterminer un programme de migration. Une mayonnaise peut être grasse et acide ; une vinaigrette peut séparer une phase huileuse et une phase aqueuse ; une sauce tomate peut être remplie chaude puis conservée plusieurs mois. Le conditionnement doit être examiné avec ces conditions réelles ou avec une situation d’essai correctement justifiée.
Le simulant B, à base d’acide acétique à 3 %, intervient pour certaines denrées acides. D1 ou D2 peuvent être pertinents selon la catégorie et le caractère gras de l’aliment. Il serait toutefois erroné de présenter D2 comme l’unique réponse pour toute recette contenant de l’huile, ou de considérer qu’un essai acide couvre automatiquement la phase grasse. Le guide consacré à la conformité UE 10/2011 des bouteilles pour sauces détaille le choix des simulants et les limites de migration sans réduire la décision à un nom de recette.
Avant de consulter un laboratoire ou un fournisseur, réunissez :
- le pH mesuré et la proportion de matières grasses ;
- la présence d’alcool, d’huiles essentielles ou d’arômes concentrés si elle est pertinente ;
- la température et la durée du remplissage ;
- les traitements thermiques après bouchage ;
- la durée et la température de stockage ;
- l’orientation du flacon et les composants effectivement en contact ;
- l’usage unique ou répété et les conditions après ouverture.
La limite générale de migration globale de 10 mg/dm² ne doit pas être transformée en preuve unique. Un résultat inférieur à cette limite ne répond pas nécessairement aux restrictions propres à certaines substances, à l’évaluation des substances non intentionnellement ajoutées ou au nouveau cadre des bisphénols. Il faut raisonner par construction et par usage.
Décider quand une analyse ciblée est réellement utile
Tester « tous les phtalates » ou « toutes les substances possibles » n’est ni une description analytique exploitable ni un programme proportionné. La liste des analytes se construit à partir de la matière, des additifs, des encres, des colles, du risque de contamination et des informations disponibles dans la chaîne d’approvisionnement.
Une analyse ciblée devient particulièrement utile lorsque :
- la revendication commerciale dépasse les informations reçues des fournisseurs ;
- plusieurs composants ou sous-traitants interviennent dans la configuration finale ;
- un colorant, un adhésif, une valve ou un décor introduit une formulation distincte ;
- la matière change de fournisseur ou de grade sans démonstration d’équivalence suffisante ;
- une demande client ou un marché de destination impose une liste précise et une limite définie ;
- une anomalie, une odeur, une contamination croisée ou un écart documentaire crée un doute raisonnable.
Le laboratoire doit recevoir une question claire. « Rechercher le BPA selon telle méthode avec telle limite sur le corps naturel référence X » est vérifiable. « Certifier que la bouteille ne contient aucun produit chimique dangereux » ne l’est pas. La pertinence du prélèvement compte autant que la sophistication de l’instrument.
Construire une traçabilité qui résiste aux changements

La preuve documentaire perd sa valeur si l’usine peut remplacer discrètement une résine, un colorant ou un composant. Le dossier de définition doit identifier le corps, le bouchon, la valve ou le joint, l’opercule, la décoration et les fournisseurs approuvés lorsqu’ils sont imposés. Les références de moule, les versions de plan et les échantillons approuvés complètent cette nomenclature.
Dans notre atelier, nous vérifions les justificatifs de sécurité associés aux résines et aux additifs utilisés pour les bouteilles et les bouchons. Nous définissons un lot à partir du même grade de matière, du même procédé et d’une production continue. Lorsqu’une modification de matière ou de procédé peut affecter le produit, nous déclenchons une nouvelle évaluation de type. Cette organisation facilite le rapprochement entre les pièces contrôlées et les pièces livrées.
Notre système de management du site de fabrication est certifié ISO 22000:2018, sous-catégorie I1, pour la transformation de contenants d’emballage alimentaire en plastique, bouteilles et bouchons. Cette certification apporte un cadre de management aux activités couvertes ; elle ne certifie pas individuellement chaque combinaison de flacon, sauce, coloris et fermeture. Vous pouvez consulter nos certificats et rapports qualité avec leur périmètre et leur période de validité.
Une gestion de changement efficace précise qui doit informer le client et avant quelle étape. Les événements suivants doivent au minimum être examinés :
- changement de fournisseur ou de grade de résine ;
- modification de colorant, d’additif, de teneur recyclée ou de couche barrière ;
- transfert de moule, changement de site ou ajout d’un sous-traitant ;
- nouvelle valve, nouveau joint, nouveau revêtement ou nouveau décor ;
- évolution d’une restriction réglementaire ou d’une condition d’emploi ;
- modification du remplissage, de la température ou de la durée de stockage du client.
L’objectif n’est pas de refaire aveuglément tous les essais à chaque ajustement. Il est de documenter l’impact, de justifier la représentativité des preuves existantes et de compléter le dossier lorsque l’écart le demande.
La grille de décision avant de valider un fournisseur
| Question | Réponse exploitable | Signal d’alerte |
|---|---|---|
| Que couvre « sans BPA ni phtalates » ? | Substances, composants, références, méthode et seuil définis | Une phrase commerciale sans périmètre |
| Le corps et la fermeture sont-ils identifiés ? | Codes articles, matières, teintes et plans reliés | Un rapport sur du « plastique » non identifié |
| L’usage sauce est-il décrit ? | Acidité, gras, température, durée, position et stockage | « Convient à tous les aliments » sans restriction |
| Les preuves correspondent-elles au produit livré ? | Échantillon, lot, matière et site traçables | Rapport ancien portant sur une autre variante |
| Les changements sont-ils maîtrisés ? | Liste des déclencheurs, accord client et réévaluation | Substitution autorisée selon la disponibilité |
| La fermeture est-elle couverte ? | Bouchon, insert, joint, valve ou opercule inclus selon le contact | Dossier limité au corps du flacon |
Un bouchon à valve silicone pour flacon de sauce illustre bien cette logique : le corps peut être documenté en PE ou PET tandis que la membrane suit un autre cadre matériel. La qualification doit couvrir les deux pièces, leur montage et leur contact réel avec la recette.
Avant la présérie, conservez dans un même dossier la nomenclature approuvée, les plans, les déclarations fournisseurs, la DoC, les rapports représentatifs, les restrictions d’emploi, les échantillons de référence et les règles de modification. Cette organisation est plus convaincante qu’une accumulation de certificats sans lien entre eux.
Conclusion : demander une preuve précise plutôt qu’une promesse absolue
Un flacon annoncé sans BPA ni phtalates peut constituer un point de départ pertinent. La décision d’achat devient fiable lorsque l’allégation précise les substances et les composants couverts, que la DoC correspond à la référence, que les essais représentent l’usage et que la traçabilité empêche une substitution non évaluée.
Pour une sauce acide ou grasse, le dossier doit rester relié à la recette, à la température, à la durée de stockage et à l’ensemble corps–fermeture. Une résine vierge, un code de recyclage ou un résultat « non détecté » ne peut pas porter seul cette conclusion.
Pour nous permettre d’examiner votre projet, indiquez-nous le type de sauce, son pH s’il est connu, sa teneur en matières grasses, la température de remplissage, la durée de conservation, le volume, la position de stockage, la fermeture prévue, le marché de destination et la quantité annuelle. À partir de cette base, nous pouvons comparer les références, identifier les justificatifs applicables et définir avec vous les vérifications complémentaires, sans formuler de promesse qui dépasserait les preuves disponibles.
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